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La ligne de vie : regarder son histoire en entier

Ce que dit la recherche sur le récit de vie, et comment faire sa ligne de vie sans se faire mal

Guide

agréabledifficilenaissanceaujourd’huifleur : une ressource, un bon momentpierre : un moment très difficile

La ligne de vie consiste à placer sur une seule ligne, de la naissance à aujourd’hui, les moments qui ont compté. Simple en apparence, elle est utilisée dans plusieurs thérapies sérieuses, chacune à sa façon.

Une ligne, de la naissance à aujourd’hui

On trace une ligne horizontale. À gauche, la naissance ; à droite, aujourd’hui, et un bout qui continue vers l’avenir. On y place les événements importants, avec l’âge : au-dessus ce qui a été agréable, en dessous ce qui a été difficile. En reliant les points, on voit apparaître la forme de son histoire, avec ses creux et ses remontées.

D’où vient cet outil ?

Il n’y a pas « une » ligne de vie, mais plusieurs usages, qui viennent de traditions différentes :

  • La revue de vie : dès 1963, le psychiatre Robert Butler a décrit le besoin de faire le bilan de sa vie, en particulier en vieillissant. Les interventions de « réminiscence » et de « revue de vie » sont nées de là.
  • Le récit de vie et l’identité narrative : pour le psychologue Dan McAdams, chacun se construit une histoire de vie intérieure, avec des chapitres, des scènes clés et des thèmes, qui donne un sentiment d’unité et de sens.
  • La thérapie narrative de Michael White et David Epston, qui aide à repérer, à côté de l’histoire dominante (« je suis un raté »), d’autres histoires laissées dans l’ombre.
  • L’EMDR : lors du recueil de l’histoire, le psychologue construit avec la personne une ligne du temps des événements marquants, positifs et négatifs. Elle sert à choisir, plus tard, les souvenirs à travailler et les ressources sur lesquelles s’appuyer.
  • La thérapie d’exposition narrative (NET), développée pour les personnes ayant vécu de nombreux traumatismes (guerre, exil, violences) : on pose une corde sur le sol, avec des fleurs pour les bons moments et des pierres pour les traumatismes.

Un peu de théorie · La NET a été mise au point à l’université de Constance (Schauer, Neuner et Elbert), d’abord auprès de réfugiés. Dans une méta-analyse de 16 essais contrôlés (947 participants), les symptômes de stress post-traumatique diminuaient nettement ; la NET faisait mieux que l’absence de traitement et que les thérapies non centrées sur le trauma, mais pas mieux que l’ensemble des autres thérapies actives (Lely et coll., 2019). Ce qui soigne, dans la NET, n’est pas la ligne elle-même, mais le récit détaillé et accompagné des pierres, séance après séance.

Ce que dit la recherche

La façon dont on raconte sa vie est liée au bien-être. Les personnes qui, dans leur récit, se voient actrices de leur histoire (elles choisissent, agissent, influencent) et qui trouvent du sens aux épreuves vont en général mieux.

Un peu de théorie · Dans une étude suivant des patients en psychothérapie, le sentiment d’être acteur de sa propre histoire augmentait au fil des séances, et ce changement apparaissait avant l’amélioration de la santé mentale (Adler, 2012). D’autres travaux montrent que ces qualités du récit prédisent le bien-être au-delà des traits de personnalité (Adler et coll., 2016).

Un peu de théorie · Les interventions de réminiscence et de revue de vie ont des effets modérés sur les symptômes dépressifs et plus faibles sur d’autres aspects du bien-être, surtout étudiés chez des personnes âgées (Pinquart et Forstmeier, 2012). Ce sont des aides utiles, pas des traitements à eux seuls.

Des scènes précises plutôt que des généralités

Quand on va mal, on a tendance à se souvenir de façon générale : « mon enfance a été triste », « j’ai toujours tout raté ». Ces souvenirs flous entretiennent la tristesse et aident peu à résoudre les problèmes. Revenir à des scènes précises (un jour, un lieu, ce qui s’est passé) permet de voir ce qu’on a fait et ce que ça dit de soi.

Un souvenir général« J’ai toujours tout raté. »« Mon enfance était triste. »Difficile d’en tirerquelque chose.Une scène précise« Ce jour-là, j’ai osédire non à mon chef. »On voit ce que j’ai faitet ce que ça dit de moi.plus utile

Un peu de théorie · La difficulté à retrouver des souvenirs précis est bien documentée dans la dépression et le stress post-traumatique (Williams et coll., 2007). C’est pourquoi la fiche 118 demande des scènes, comme dans un film.

À quoi ça peut te servir

La lignede vieRacontermon histoireRetrouvermes ressourcesPréparer l’EMDR(anamnèse)Voir ce quise répèteChoisirla suite
  • Faire le point sur ton parcours, surtout lors d’une transition : un déménagement, une séparation, une expatriation, la retraite (fiches 116, 117, 122).
  • Retrouver tes ressources : si tu es là aujourd’hui, tu as déjà traversé des moments durs, avec l’aide de quelque chose ou de quelqu’un (fiche 120).
  • Repérer ce qui se répète, sans te juger (fiche 121).
  • Choisir la suite : prolonger la ligne vers ce qui compte pour toi (fiche 123).

La faire sans se faire mal

Revenir sur sa vie peut réveiller des souvenirs douloureux. Quelques règles simples :

  • Pour un moment très difficile, note un seul mot, sans le raconter. Le travail sur les souvenirs traumatiques se fait en séance, avec un psychologue formé (EMDR, NET), quand tu es suffisamment stable.
  • Commence par les fleurs autant que par les pierres : elles font aussi partie de ton histoire.
  • Fais des pauses. Si un souvenir te submerge, regarde autour de toi, nomme 5 choses que tu vois, et utilise un exercice d’ancrage (fiches 04 et 93).
  • Évite d’en faire un bilan à charge : le but n’est pas de juger ta vie, mais de la comprendre.

Un peu de théorie · En NET, la ligne de vie est une étape facultative du protocole, faite en une séance au début du traitement : le psychologue en garde une photo et s’en sert comme plan pour les séances suivantes (Schauer et coll., 2011). La fiche 119 s’en inspire, à faire avec ton psychologue.

Fiches pour pratiquer

Sources

McAdams, D. P. (2001). The psychology of life stories. Review of General Psychology, 5(2), 100-122.
McAdams, D. P. & McLean, K. C. (2013). Narrative identity. Current Directions in Psychological Science, 22(3), 233-238.
Adler, J. M., Lodi-Smith, J., Philippe, F. L. & Houle, I. (2016). The incremental validity of narrative identity in predicting well-being: A review of the field and recommendations for the future. Personality and Social Psychology Review, 20(2), 142-175.
Adler, J. M. (2012). Living into the story: Agency and coherence in a longitudinal study of narrative identity development and mental health over the course of psychotherapy. Journal of Personality and Social Psychology, 102(2), 367-389.
Butler, R. N. (1963). The life review: An interpretation of reminiscence in the aged. Psychiatry, 26(1), 65-76.
Westerhof, G. J. & Bohlmeijer, E. T. (2014). Celebrating fifty years of research and applications in reminiscence and life review: State of the art and new directions. Journal of Aging Studies, 29, 107-114.
Pinquart, M. & Forstmeier, S. (2012). Effects of reminiscence interventions on psychosocial outcomes: A meta-analysis. Aging & Mental Health, 16(5), 541-558.
Schauer, M., Neuner, F. & Elbert, T. (2011). Narrative Exposure Therapy: A Short-Term Treatment for Traumatic Stress Disorders (2nd ed.). Hogrefe.
Robjant, K. & Fazel, M. (2010). The emerging evidence for Narrative Exposure Therapy: A review. Clinical Psychology Review, 30(8), 1030-1039.
Lely, J. C. G., Smid, G. E., Jongedijk, R. A., Knipscheer, J. W. & Kleber, R. J. (2019). The effectiveness of narrative exposure therapy: A review, meta-analysis and meta-regression analysis. European Journal of Psychotraumatology, 10(1), 1550344.
Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures (3rd ed.). Guilford.
Williams, J. M. G., Barnhofer, T., Crane, C., Herman, D., Raes, F., Watkins, E. & Dalgleish, T. (2007). Autobiographical memory specificity and emotional disorder. Psychological Bulletin, 133(1), 122-148.
White, M. & Epston, D. (1990). Narrative Means to Therapeutic Ends. Norton.

Ces fiches ne remplacent pas une thérapie. En cas de détresse ou d’idées suicidaires, appelle le 3114 (France, 24 h/24, gratuit) ou le 112.

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Gonzalo Garzo, psychologue clinicien

Gonzalo Garzo, psychologue clinicien

Psychologue depuis 2018, je t’accompagne en ligne (en français, en espagnol ou en anglais) et à mon cabinet de La Rochelle, avec la TCC de 3e génération et l’EMDR. Ces fiches t’aident à avancer ; si tu as besoin d’un accompagnement, le premier contact (20 min) est gratuit.