Guide
Quitter son pays, même pour une bonne raison, c’est perdre beaucoup de choses à la fois : la présence de ses proches, sa langue au quotidien, ses paysages, ses habitudes, parfois son statut. Ce « deuil migratoire » est normal, mais il est souvent invisible.
Un deuil particulier
Contrairement à un décès, ce qu’on a perdu existe toujours : on peut rentrer, appeler, revoir. Le deuil est donc partiel et revient par vagues (fêtes, anniversaires, nouvelles du pays). Il concerne plusieurs choses à la fois, ce qui le rend difficile à nommer.
Osciller, c’est sain
Un deuil qui se passe bien alterne entre des moments tournés vers ce qu’on a perdu (nostalgie, tristesse, souvenirs) et des moments tournés vers la nouvelle vie (projets, liens, découvertes). Rester bloqué d’un seul côté, uniquement dans la nostalgie ou uniquement dans l’action sans jamais rien ressentir, rend l’adaptation plus difficile.
Quand le stress devient trop lourd
Quand la migration s’accompagne de solitude forcée, de précarité, de peur ou d’échec du projet, le stress peut devenir chronique. Le psychiatre Joseba Achotegui a décrit ce cumul sous le nom de « syndrome d’Ulysse ». Ce n’est pas une maladie mentale, mais un signal qu’il faut du soutien.
Ce qui aide
- Nommer ce qu’on a perdu, et ce qu’on a gagné.
- Garder des liens avec là-bas et en créer ici.
- Se donner des moments pour la nostalgie, sans s’y enfermer.
- Garder ses valeurs comme fil conducteur d’un pays à l’autre.
Fiches pour pratiquer
- 46 · La carte de mes pertes · Nommer tout ce que la migration m’a fait perdre (deuil migratoire)
- 53 · Osciller entre là-bas et ici · Faire de la place au manque et à la nouvelle vie (double processus)
- 55 · Loin de ceux qui sont restés · Vivre une perte ambiguë : présents dans le cœur, absents au quotidien
- 57 · Faire de la place à la nostalgie · Accueillir le mal du pays sans s’y noyer
- 47 · Ma courbe d’adaptation · Situer les hauts et les bas de l’installation dans un nouveau pays
- 58 · Le choc du retour · Quand rentrer au pays est plus difficile que prévu
Sources
Achotegui, J. (2009). Estrés límite y salud mental: el síndrome del inmigrante con estrés crónico y múltiple (síndrome de Ulises). Gaceta Médica de Bilbao, 106(4), 122-133.
Bhugra, D. & Becker, M. A. (2005). Migration, cultural bereavement and cultural identity. World Psychiatry, 4(1), 18-24.
Stroebe, M. & Schut, H. (1999). The dual process model of coping with bereavement: Rationale and description. Death Studies, 23(3), 197-224.
Ces fiches ne remplacent pas une thérapie. En cas de détresse ou d’idées suicidaires, appelle le 3114 (France, 24 h/24, gratuit) ou le 112.

